L’Assemblée balte

17 novembre

Mes chers concitoyens, il y a peu je vous décrivais ici mes activités au sein du parlement Benelux.
Une assemblée consultative, composée de trois pays limitrophes, créée dans le but de discuter divers sujets de société pour collaborer ensemble au bien commun de leur population.

Mais nous ne sommes pas les seuls au monde à s’être aperçu que l’union fait la force.

Les 27 et 28 octobre 2016 se tenait la 35eme session de l’Assemblée balte, le 22eme Conseil balte et surtout les 25 ans de l’Assemblée balte.
C’est en tant que président du groupe PS au Parlement Benelux que je fus convié à cet événement historique à Riga en Lettonie.

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Lettonie, Estonie, Lituanie… 3 nations qui semblent bien lointaines de nos contrées occidentales. Et pourtant, après l’ouverture du rideau de fer soviétique qui cloîtra hermétiquement ces pays pendant 45 ans, ils devinrent membres de l’OTAN et de l’Union Européenne en 2004.

Nos destins sont donc intimement liés.

Laissez-moi vous conter comment ces anciens territoires de l’ex-URSS unirent leurs destinées et créèrent les institutions communes nécessaires pour rendre audible leurs partitions dans le grand concert des nations.

D’une superficie de 175000 km² majoritairement composée de lacs et étangs avec quelques collines en Lituanie, ils sont bordés par la mer baltique à l’ouest. Ils partagent leurs frontières avec la Russie et la Biélorussie à l’est. Au sud se trouve la Pologne.

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Leur histoire est marquée par de nombreuses dominations étrangères.

Chevaliers Teutons, Polonais, Russes, … s’installèrent successivement sur les bords de la mer Baltique.
La première indépendance des pays baltes survint après la première guerre mondiale.
Très vite reconnue des pays occidentaux, elle fournissait un cordon sanitaire parfait pour protéger la vieille Europe des velléités russes.
Malheureusement, pendant cette période de l’entre-deux-guerres, les peuples baltes s’entendirent peu ou prou et commirent moult erreurs qui causèrent leurs pertes.

Le pacte germano-soviétique de 1940 sonna le glas de leur liberté et les plongea sous occupation russe.
Elle prit fin en 1941.
Près de 300 000 personnes furent déportées au Goulag.

Les nazis prirent le relais et déclarèrent bolcheviques l’ensemble des juifs présents sur le territoire. Ils manipulèrent des catholiques encore traumatisés de l’annus horibilis vécue sous le joug soviétique. Ce fut un massacre.

Cette période sombre de l’histoire fit plus de 2.000.000 de victimes en URSS dont 150 000 dans les pays baltes.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, ils furent à nouveau annexés par la Russie qui en profita pour s’approprier quelques terres supplémentaires.

Durant les 45 ans d’occupation soviétique qui suivirent, les combattants de la liberté lettons, lituaniens et estoniens partagèrent leur misère dans les mêmes prisons russes. C’est là, au fond des geôles marquées de la faucille et du marteau, que naquit l’esprit de liberté et d’unité à la base de l’union balte.

En 1986, la politique de « Glasnost » (autorisation de critiquer le pouvoir central de Moscou) du président Gorbatchev permit aux différents mouvements libertaires issus des contrées sous domination russe de se faire entendre.

Dans les 3 pays, une farouche volonté indépendantiste s’affirma avec en point d’orgue, fin été 1986, un cordon de solidarité de 560 km.
Le poème de Paul Fort « si tous les gars du monde voulaient se donner la main… » s’appliqua littéralement de Tallin à Vilnius en passant par Riga.
Le monde ne pouvait plus nier la voie balte.

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La voie balte vers la liberté

Le 11 mars 1990, la Lituanie déclare son indépendance.
Quelques mois plus tard, le 4 mai, la Lettonie lui emboîte le pas et finalement, le 20 août 1991 l’Estonie s’affranchit de tout lien avec la Russie.

Les drapeaux nationaux, bannis par les russes, flottèrent au vent tandis que les hymnes nationaux furent à nouveau fièrement scandés dans les rues.
Les peuples se préparèrent à élire démocratiquement leurs dirigeants pour la première fois de leur histoire.

La Russie tenta bien en 1991 de reprendre par la force ses anciennes colonies. Ce fut un échec retentissant.
A Vilnius, les troupes soviétiques menèrent une opération avec pour objectif la reconquête par la force des bâtiments stratégiques.

Mais les habitants s’unirent et construisirent un mur de pierre autour du parlement et d’autres bâtiments symboles de leur statut d’Etat-nation.
Des barricades s’érigèrent dans les rues.
Chansons et prières répondirent aux voies rauques des fusils russes.

Le bilan de ces affrontements fut de 14 morts en Lituanie et 5 en Lettonie.

Ce putch soviétique manqué permit aux pays baltes de définitivement s’affranchir de la domination russe en leur donnant toute latitude pour imposer leur indépendance politique au monde.

Le 8 novembre 1991, « l’Assemblée balte » fut reconnue comme organisation internationale.

Ses premières prérogatives établirent la coopération des états baltes et l’élaboration d’une politique de stratégie internationale

L’« Assemblée balte », nom délibérément choisi pour être impressionnant, ne contenait à sa genèse aucun état ou courant politique particulier. Ses membres diversifiaient beaucoup de part leur nature et intérêts professionnels.

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Mais fort de la malheureuse expérience de l’entre-deux-guerres et de ses lourdes conséquences, les peuples des trois pays se réunirent plein de bonne volonté et commencèrent à élire présidents et députés chargés de tisser des liens solides entre ces trois jeunes démocraties.

Les premières rencontres se résumèrent à un ballet de cas non résolus et de questions sans réponse. Un immense chantier démocratique s’installa. Chaque ouvrier fournit le meilleur de lui-même pour construire une union balte forte.

Le premier gros œuvre commun fut la coordination rapide du retrait des forces russes du paysage balte. Ils furent sommés de quitter manu militari des territoires qui ne voulaient plus d’eux.
Dès 1994, il n’y eu plus un seul russe dans les territoires baltes.

Une résolution signée entre les trois nations instaura une règle importante: « Les armées d’un pays membre devront retirer leurs troupe du territoire d’un autre pays membre si la demande est formulée ».

La suite, bien compréhensible venant de pays traumatisés par les diverses occupations, vit la mise en place d’une coopération militaire.
Il fut établi que si « une pression s’exerce sur un des pays membres, elle sera considérée comme une pression sur l’ensemble des pays baltes. »

Les premières années de l’indépendance ne furent pas roses. Le développement économique s’installa difficilement. L’envahissant voisin russe ne manqua jamais une occasion de mettre un bâton dans les roues des jeunes démocraties. Mais grâce à cette formidable ressource naturelle qu’est la mer Baltique et à l’appui du Conseil nordique (dont je vous parlerai dans un prochain article) d’ambitieux projets furent mis en place.

Intérieurement, la concurrence entre nations baltes fut annihilée. Pour s’ouvrir au monde, ils signèrent conjointement des traités internationaux. L’OTAN et l’Union européenne furent dans leur viseur. Les critères drastiques pour rejoindre ces deux organisations renforcèrent la volonté de travailler ensemble de nos trois compères baltes.

Apres d’énormes efforts fournis et un referendum positif, ils adhérèrent à l’union européenne et l’OTAN en 2003. Ils en joignirent les structures politiques et économiques dès 2004.

De nos jours, l’Assemblée balte et le conseil des ministres baltes travaillent main dans la main. Ils discutent de matières telles que la sécurité et la défense, la communication stratégique, les infrastructures de transport et d’énergie, l’éducation et la culture et la santé.

Quels sont nos rapports avec l’Assemblée balte ?

Dès la déclaration d’indépendance de ces trois pays, des contacts furent noués entre le Benelux et l’Assemblée balte. Nous n’étions pas, malheureusement, de part notre nature, qualifiés pour résoudre les défis sécuritaires bien légitimes de ces nouvelles nations.

Mais dans d’autres domaines, le Benelux pouvait aider la toute jeune association. En 1994, cela abouti à l’adoption d’une déclaration commune entre le Benelux et l’Assemblée balte.

Depuis lors, les contacts entre nos deux assemblées sont monnaie courante et chacune profite des expériences de l’autre. Le développement des institutions démocratiques, la politique étrangère, l’énergie, l’économie, la culture ou la coopération transfrontalière sont au centre de nos discussions.

Le rapport tel qu’il sera propose a la scéance pléniaire du 25 novembre 2016 en cliquant ici

Si toutes les filles du monde voulaient s’ donner la main
Tout autour de la mer, elles pourraient faire une ronde
Si tous les gars du monde voulaient bien êtr’ marins
Ils f’raient avec leurs barques un joli pont sur l’onde
Alors on pourrait faire une ronde autour du monde
Si tous les gars du monde voulaient s’ donner la main
Si tous les gars du monde
Décidaient d’être copains
Et partageaient un beau matin
Leurs espoirs et leurs chagrins
Si tous les gars du monde
Devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main
Le bonheur serait pour demain
Ne parle pas de différence
Ne dites pas qu’il est trop blond
Ou qu’il est noir comme du charbon
Ni même qu’il n’est pas né en France
Aimez-les n’importe comment
Même si leur gueule doit vous surprendre
L’Amour c’est comme au régiment
Il n’faut pas chercher à comprendre
J’ai mes ennuis et vous les vôtres
Mais moi je compte sur les gars
Les copains qu’on ne connaît pas
Peuvent nous consoler des autres
Le Bonheur c’est une habitude
Avec deux cent millions d’amis
On ne craint pas la Solitude…

Paul FORT, Ballades françaises, élu en 1912 prince des poètes